L'action d'une basse électrique est la hauteur des cordes au-dessus des frettes, mesurée à la douzième case : de l'ordre de 2 mm côté sol et 2,5 mm côté mi grave. C'est elle qui décide du confort de jeu, et trois opérations la déterminent, dans cet ordre : relief du manche, hauteur aux pontets, justesse à l'octave.
L'essentiel
- Le réglage suit un ordre imposé : relief du manche à la clé du truss rod, hauteur aux pontets, intonation, puis hauteur des micros. Chaque étape déplace la suivante.
- Repères à la douzième case : environ 1,6 à 2 mm du côté du sol aigu et 2 à 2,5 mm du côté du mi grave, à moduler selon la technique de jeu, bien plus déterminante que sur une guitare.
- Un réglage se fait cordes neuves, instrument accordé et tenu dans sa position de jeu habituelle, sans quoi les mesures relevées ne veulent rien dire.
Ce que l'action change réellement sous les doigts
Une action trop haute fatigue la main gauche : chaque note demande davantage de pression, les écarts larges deviennent pénibles et le jeu perd en fluidité au bout de vingt minutes. Une action trop basse produit l'effet inverse, le frisage, ce bourdonnement métallique qui apparaît lorsque la corde vient toucher les frettes situées devant la case jouée. Entre les deux s'étend une plage assez large, et c'est le style qui décide où l'on se place à l'intérieur de cette plage : le confort de jeu ne se mesure pas en millimètres, il se juge en fin de répétition.
Avant de toucher à la moindre vis, l'instrument doit être dans son état normal de fonctionnement. Des cordes mortes vibrent de façon irrégulière et faussent aussi bien la mesure de la hauteur que celle de la justesse : si le jeu en place date de plusieurs mois, mieux vaut changer les cordes avant de commencer. On accorde ensuite au diapason standard, et on règle la basse posée comme on la joue, debout avec la sangle ou assis, jamais à plat sur une table : le manche ne travaille pas de la même manière dans les deux positions.
Le relief du manche, le réglage qui commande tous les autres
Un manche de basse ne se règle jamais parfaitement droit. Il demande une légère concavité, appelée relief, qui laisse à la corde la place de vibrer dans la partie centrale du manche. Sans ce creux, une action basse frise systématiquement entre la cinquième et la neuvième case. Avec trop de creux, il faut relever fortement les pontets pour compenser, et l'action devient dure partout ailleurs.
Les outils à réunir avant de commencer
Le matériel tient dans une poche : un accordeur, un capodastre, un jeu de clés hexagonales au format de l'instrument, un tournevis adapté aux vis du chevalet et, si possible, un jeu de cales d'épaisseur ou un réglet gradué au dixième. Le meilleur conseil que l'on puisse donner avant de commencer est de noter les valeurs de départ : sans ce relevé, impossible de revenir à l'état initial si le résultat déplaît.
Mesurer la courbure du manche avant de tourner quoi que ce soit
La méthode ne demande qu'un capodastre. On le pose à la première case, on appuie la corde de mi grave à la dernière case du manche, et on observe l'espace qui subsiste au niveau de la huitième case. Cet espace doit exister sans être visible de loin : de l'ordre de deux à cinq dixièmes de millimètre, soit à peine l'épaisseur d'une carte de visite. Un jeu de cales d'épaisseur donne une lecture fiable, mais un regard rasant suffit déjà à savoir si le manche est plat, creux ou bombé.
Tourner la clé par quarts de tour, puis attendre
Le relief s'ajuste avec la clé du truss rod, la tige métallique logée dans le manche, accessible soit à la tête sous une petite plaque, soit au talon selon le modèle. Serrer, donc tourner dans le sens des aiguilles d'une montre, redresse le manche et diminue le relief. Desserrer le laisse reprendre du creux sous la tension des cordes.
Un quart de tour suffit presque toujours, et c'est là que la plupart des réglages échouent : le bois ne réagit pas immédiatement. Il faut détendre puis retendre les cordes, laisser l'instrument reposer quelques heures, et seulement ensuite remesurer. Enchaîner trois corrections dans la même minute revient à courir derrière une valeur qui n'a pas fini de bouger. Si la clé bloque ou grince, on s'arrête : un truss rod forcé se casse, et la réparation coûte bien plus cher que la visite chez un luthier qu'elle voulait éviter.
Quand la clé arrive en butée
Il arrive que le manche reste trop creux alors que la tige ne se serre plus, ou que l'action reste haute alors que les pontets sont au plus bas. La cause est presque toujours l'angle du manche par rapport au corps, et non le relief. Sur un instrument à manche vissé, on glisse alors une fine cale au fond de la poche, côté sillet ou côté chevalet selon le sens à corriger ; certains modèles disposent même d'une vis de bascule prévue pour cela. C'est le moment de demander conseil à un atelier plutôt que de forcer : un cours de lutherie ne s'improvise pas, et deux dixièmes de cale mal placés déforment la géométrie de tout l'instrument.
La hauteur aux pontets, une fois le manche stabilisé
Vient ensuite la hauteur proprement dite, réglée pontet par pontet à l'aide des petites vis sans tête du chevalet. La mesure se prend entre le bas de la corde et le sommet de la frette, à la douzième case, l'instrument accordé. Les valeurs ci-dessous sont des repères d'atelier et non des règles : elles servent de point de départ, on ajuste ensuite à l'oreille et sous les doigts.
| Technique de jeu | Côté sol (aiguë) | Côté mi (grave) |
|---|---|---|
| Aux doigts, toucher léger | 1,5 à 1,8 mm | 1,8 à 2,2 mm |
| Réglage standard polyvalent | 1,8 à 2 mm | 2,2 à 2,5 mm |
| Médiator appuyé, slap marqué | 2 à 2,4 mm | 2,5 à 3 mm |
Deux précisions évitent des heures de tâtonnement. La première concerne le point de mesure : Fender publie ses valeurs à la dix-septième case quand la plupart des ateliers mesurent à la douzième, ce qui explique une bonne part des écarts entre les chiffres qui circulent. La seconde tient au galbe de la touche. Les pontets doivent suivre le rayon du manche, sinon les cordes centrales se retrouvent trop hautes ou trop basses par rapport aux deux extérieures. Une Jazz Bass ancienne a un rayon serré de 7,25 pouces, les modèles récents tournent autour de 9,5, et une Music Man StingRay avoisine les 11 pouces, donc une touche nettement plus plate.
Le slap et le médiator demandent de la marge
Le slap frappe la corde vers le bas et la fait rebondir contre la touche : c'est le principe même du son, et il réclame plus de hauteur qu'un jeu aux doigts en souplesse. Le médiator, surtout attaqué près du chevalet, impose la même contrainte. À l'inverse, un bassiste de studio qui joue en finesse et passe par une amplification bien réglée peut descendre très bas sans jamais entendre un frisage. Il n'existe donc pas de bon réglage universel, seulement un réglage qui correspond à une technique de jeu.
La justesse à l'octave, l'étape que l'on saute
Une basse peut être parfaitement accordée à vide et sonner faux dès la cinquième case. En appuyant sur une corde, on l'étire légèrement et on élève donc sa note : plus l'action est haute, plus cet écart grandit. C'est pour cette raison que l'intonation se règle en dernier, une fois la hauteur figée : la reprendre avant reviendrait à la refaire ensuite. Une intonation correcte ne se voit pas, elle s'entend dès que l'on joue une ligne qui monte au-delà de la douzième case. C'est aussi ce que l'on vérifie en premier quand un accord sonne juste en bas du manche et faux en haut, au cours d'une répétition ou d'une prise.
La vérification ne demande qu'un accordeur. On compare l'harmonique naturelle jouée à la douzième case avec la note frettée au même endroit. Si la note frettée sonne plus haut que l'harmonique, on recule le pontet vers l'arrière du chevalet, ce qui allonge la corde. Si elle sonne plus bas, on l'avance. On réaccorde après chaque mouvement de vis, et on recommence jusqu'à ce que les deux sons coïncident. Un bassiste qui maîtrise les repères de notes du manche mène ce contrôle bien plus vite, puisqu'il entend immédiatement où se situe la dérive.
Réponses aux questions posées le plus souvent en atelier
Pourquoi l'action de ma basse est-elle devenue trop haute ?
Dans la grande majorité des cas, le manche a pris du relief. L'humidité et la température le font travailler au fil des saisons, et un instrument réglé en hiver dans un appartement chauffé se retrouve souvent trop creux au printemps. Un changement de tirant produit le même effet en quelques jours, la tension exercée sur le manche n'étant plus la même.
Faut-il tout reprendre après un changement de cordes ?
Oui dès que le tirant change, non si l'on remonte un jeu identique. Passer d'un calibre léger à un calibre lourd augmente la tension, creuse le manche et décale la justesse : le cycle complet est à refaire. C'est un argument de plus pour choisir son tirant une fois pour toutes plutôt que d'en changer à chaque jeu.
Combien de temps prend un réglage complet ?
Comptez une heure de manipulation effective, mais étalée sur une journée à cause des temps de repos du manche entre deux corrections du relief. Un réglage mené en vingt minutes tient rarement une semaine.
Peut-on régler une basse sans outil de mesure ?
En partie. Le relief se lit à l'oeil de façon acceptable, et le frisage s'entend. En revanche la justesse exige un accordeur, et la hauteur gagne beaucoup à être mesurée plutôt qu'estimée, ne serait-ce que pour pouvoir revenir en arrière.
Ce qu'un réglage d'action ne corrigera jamais
Si le relief est juste, la hauteur conforme et qu'un frisage persiste sur deux ou trois cases précises alors que le reste du manche est propre, le problème n'en est plus un de réglage : une frette dépasse légèrement le niveau des autres. Seul un planage remet l'ensemble à plat, et cela se confie à un atelier.
Le sillet de tête mérite le même examen. On appuie une corde à la troisième case et on regarde l'espace restant au-dessus de la première : il doit être infime. Un sillet trop haut rend les premières positions dures et fait sonner les notes graves légèrement trop haut, un défaut que l'on attribue à tort à la justesse. Un sillet mal taillé se remplace, il ne se règle pas.
La hauteur des micros, le dernier réglage du cycle
Une fois l'action figée, la distance entre les cordes et les micros a changé, et elle mérite un dernier passage. On enfonce la corde à la dernière case, puis on mesure l'espace qui la sépare du plot situé sous elle : deux à trois millimètres du côté du mi grave, un peu moins du côté du sol aigu, suffisent dans la plupart des cas. Sur un micro à plots apparents, la mesure se prend au sommet du plot ; sur un micro capoté, au sommet du capot, ce qui décale la valeur de près d'un millimètre.
Monter le micro trop près augmente le niveau de sortie, mais l'aimant exerce alors une traction sur la corde et perturbe sa vibration : le son devient instable, la note bat légèrement, et aucun réglage du chevalet ou du truss rod ne rattrapera ce défaut. Le phénomène se remarque surtout sur les modèles à gros humbucker, une Music Man StingRay par exemple, dont le micro est large et puissant. Ajuster la hauteur micro par micro sert aussi à équilibrer le volume entre les quatre cordes, ce qui compte beaucoup en studio et sur toute amplification un peu poussée.
Pourquoi une basse ne se règle pas comme une guitare
Un guitariste habitué à régler son instrument transpose souvent ses réflexes, et c'est une source d'erreurs. Les cordes d'une basse développent une tension bien supérieure, sur un diapason plus long, et le manche encaisse donc une traction sans commune mesure. Un quart de tour de clé qui redresse franchement un manche de guitare bouge à peine celui d'une basse, ce qui pousse à forcer.
Les tolérances diffèrent aussi : les valeurs d'action d'une basse se comptent en millimètres là où une guitare se règle en dixièmes, et un relief nul, acceptable sur certaines guitares, frise presque toujours sur une basse. Enfin le type de musique pratiquée pèse davantage ici, puisque le slap n'a pas d'équivalent en six cordes. Ce sont ces explications qui manquent le plus souvent aux tutoriels génériques.
Garder un instrument stable dans le temps
Un bon réglage n'est pas un événement unique, c'est un état que l'on entretient. Un contrôle rapide à chaque changement de saison, un coup d'oeil au relief après un transport en soute ou un long stockage, et un nettoyage régulier de la touche suffisent à conserver le confort obtenu. Ce nettoyage fait d'ailleurs partie du même entretien que celui des cordes : la crasse déposée sur le bois finit par gêner la justesse autant qu'elle ternit le son. Un guitariste comme un bassiste y gagnent, quel que soit le style de musique pratiqué. Notez quelque part vos valeurs de référence : le jour où un réglage part de travers, savoir d'où l'on vient évite de tout reprendre au hasard.








