Qui a inventé la guitare basse ? Deux noms répondent. Paul Tutmarc, musicien de Seattle, conçoit vers 1935 la première basse électrique à tenir comme une guitare ; Leo Fender en fait un instrument de musique produit en série avec la Fender Precision Bass en 1951. Le premier a eu l'idée, le second l'a imposée au monde entier.
- L'idée
- Paul Tutmarc et sa société Audiovox, vers 1935-1936 : une basse électrique à corps plein, jouée à l'horizontale, restée confidentielle.
- Le succès
- Leo Fender, 1951 : la Precision Bass, frettée, amplifiée, fabriquée à la chaîne.
- La suite
- Jazz Bass en 1960, basse fretless, électronique active, modèles à 5 et 6 cordes.
Avant la guitare basse : le problème de la contrebasse
Pour comprendre pourquoi la basse électrique est apparue, il faut revenir à l'orchestre de danse des années 1930 et 1940. La ligne grave y est tenue par la contrebasse, un instrument de près de deux mètres, lourd à transporter et difficile à entendre dès que les cuivres et la batterie jouent fort. Sans amplification efficace, le bassiste frappe les cordes de plus en plus fort, et la note se perd quand même dans la salle.
Deux besoins se rencontrent alors : amplifier le registre grave, et le rendre plus précis. Sur l'instrument à archet, le manche n'a pas de frettes, la justesse dépend entièrement de l'oreille et de la main gauche du musicien. Dans un groupe qui répète peu, c'est une source d'approximation permanente. Plusieurs luthiers et bricoleurs américains cherchent donc à reproduire la corde la plus grave de la contrebasse sur un instrument plus compact, doté d'un micro.
Dès les années 1920, Lloyd Loar, ingénieur chez Gibson puis fondateur de Vivi-Tone, travaille sur une contrebasse électrifiée. L'objet reste un prototype : l'amplification de l'époque ne suit pas, et la forme reste celle d'un instrument debout.
Paul Tutmarc, le vrai pionnier de la basse électrique
Paul Tutmarc est un musicien et professeur de Seattle, spécialiste de la guitare hawaïenne. Au milieu des années 1930, avec sa société Audiovox, il met au point une basse électrique d'un genre nouveau : un corps plein en bois, un manche fretté, un micro, et surtout une position de jeu horizontale, comme une guitare. Le catalogue Audiovox présente ce modèle 736 comme une « bass fiddle » électrique, que l'on peut poser sur les genoux ou porter à la sangle.
Tout ce qui définira plus tard la guitare basse est déjà là : les frettes pour la justesse, le corps plein pour éviter le larsen, l'amplification pour se faire entendre. Pourtant, l'instrument reste une curiosité locale. La production est artisanale, la distribution limitée à la région de Seattle, et les musiciens de l'époque ne voient pas encore l'intérêt de renoncer à la contrebasse. Seuls quelques dizaines d'exemplaires auraient été fabriqués ; les historiens de la lutherie en ont retrouvé une poignée.
À la fin des années 1940, son fils Bud Tutmarc reprend l'idée sous le nom de Serenader, sans davantage de succès commercial. Cette basse inventée trop tôt n'a eu aucun effet sur la production musicale de son temps. L'histoire de la basse retient donc Paul Tutmarc comme l'inventeur du concept, et non comme celui qui l'a diffusé.
Leo Fender et la Precision Bass de 1951
Leo Fender n'est pas musicien : c'est un réparateur de radios de Fullerton, en Californie, devenu fabricant d'amplificateurs et de guitares électriques. En 1950, il lance la Telecaster, une guitare électrique à corps plein, conçue pour être assemblée vite et réparée facilement. L'année suivante, il applique la même logique au registre grave.
La Fender Precision Bass sort en 1951. Son nom dit sa promesse : grâce aux frettes, le bassiste joue des notes précises, là où la contrebasse demandait une oreille parfaite. Elle reprend les codes de la Telecaster : corps plein en frêne, manche vissé, fixation du manche par quatre vis, un micro simple bobinage, et une longueur vibrante de 34 pouces, soit environ 864 mm, qui reste aujourd'hui la mesure de référence. L'accordage standard est celui de la contrebasse : Mi, La, Ré, Sol, une octave sous les quatre cordes graves de la guitare.
Ce qui fait la différence avec Paul Tutmarc, c'est l'industrie. Fender fabrique en série, vend dans tout le pays et fournit l'ampli qui va avec. Dès 1953, Monk Montgomery l'adopte dans l'orchestre de Lionel Hampton, et les musiciens de country et de rhythm and blues suivent : on peut enfin monter dans une voiture avec sa basse. En 1957, la Precision reçoit son micro split coil, en deux moitiés décalées, et la forme de tête qu'on lui connaît encore.
Pour savoir ce qui se passe à l'intérieur de l'instrument, du micro à la tige de réglage, voyez comment fonctionne une guitare basse.
Les grands modèles de basse, de 1951 à nos jours
Après la Precision, les fabricants de guitare s'engouffrent dans la brèche. Chaque modèle apporte une idée qui compte encore dans le choix d'un instrument.
| Année | Modèle | Ce qu'il change |
|---|---|---|
| 1951 | Fender Precision | Première basse électrique produite en série, frettée, corps plein |
| 1953 | Gibson EB-1 | Forme de violon, diapason court, son rond |
| 1956 | Höfner 500/1 | Caisse creuse légère, rendue célèbre par Paul McCartney |
| 1957-1961 | Rickenbacker 4000 puis 4001 | Manche traversant le corps, son brillant |
| 1960 | Fender Jazz | Manche plus fin, deux micros simples, palette de sons plus large |
| 1976 | Music Man StingRay | Électronique active, dessinée par Leo Fender après la vente de sa marque |
La Fender Jazz Bass mérite une mention à part : son manche étroit a séduit les bassistes venus de la guitare, et ses deux micros permettent de passer d'un son rond à un son plus mordant. Son parcours est détaillé sur notre page consacrée à la Jazz Bass et ses variantes. La Rickenbacker, avec son manche traversant, a donné le son de Chris Squire et de Lemmy ; on la retrouve dans l'histoire de la Rickenbacker 4001.
Comment la basse électrique a transformé la musique populaire
Dans les années 1960, la basse électrique cesse d'être un simple remplaçant de la contrebasse et devient une voix à part entière. Chez Motown, James Jamerson joue sur une Precision des lignes mélodiques qui portent des centaines de tubes. Dans le rock, Paul McCartney, John Entwistle des Who puis Jack Bruce font sortir l'instrument du fond du mixage. Jimi Hendrix, lui, s'entoure de bassistes solides pour laisser la guitare voler.
Les années 1970 ouvrent l'ère des virtuoses. Jaco Pastorius retire les frettes de sa Jazz Bass et invente un son chantant en jazz fusion ; la basse fretless devient une famille à part. Larry Graham puis Marcus Miller popularisent le slap, où le pouce de la main droite frappe la corde. Alembic introduit l'électronique active, que la StingRay rend accessible. Tony Levin, Billy Sheehan ou Victor Wooten poussent ensuite la technique et le rôle de l'instrument encore plus loin.
Aujourd'hui, un bassiste choisit entre 4, 5 ou 6 cordes, entre passif et actif, entre manche vissé et manche traversant. Toutes ces options descendent d'une idée de Seattle et d'une usine de Fullerton. Pour s'y retrouver parmi les fabricants actuels, notre sélection des guitares basses électriques fait le tri.
Guitare et basse : ce qui les distingue vraiment
La guitare basse n'est pas une guitare avec des cordes plus grosses. Son manche est plus long, sa longueur vibrante dépasse de 20 % celle d'une guitare électrique, et ses cordes, bien plus épaisses, sonnent une octave plus bas. Elle compte le plus souvent quatre cordes au lieu de six. Sa fonction diffère aussi : elle relie le rythme de la batterie à l'harmonie, et les techniques de jeu privilégient les doigts de la main droite plutôt que le médiator, même si les deux coexistent.
À l'inverse de la guitare acoustique ou de la guitare classique, la basse acoustique reste rare : sans ampli, une caisse de guitare ne suffit pas à projeter des notes si graves. C'est donc ce constat qui a conduit les deux inventeurs à l'électricité.
Sur le plan de la tessiture, une quatre cordes accordée en Mi La Ré Sol descend jusqu'au Mi grave, environ 41 Hz, et une cinq cordes utilisée avec un Si grave gagne encore une quarte. Cette gamme de fréquences donne à l'instrument son importance dans la section rythmique : un exemple frappant est le rock des années 1960, où l'évolution du style tient autant à la basse qu'à la guitare. En pratique, un contrebassiste qui passe à l'électrique retrouve les mêmes notes, mais doit travailler l'intonation autrement, puisque la frette fait le travail de justesse.
Pour qui veut apprendre, l'étude de cette période et de son origine n'est pas qu'une curiosité : comprendre pourquoi la basse a été inventée aide à saisir son rôle dans le groupe. Au début, un cours, une tablature et un matériel simple suffisent, par exemple une copie de Precision signée Squier, la petite marque de Fender. Le meilleur conseil reste de choisir un modèle adapté à la musique que l'on joue ; nos pages pour apprendre la basse électrique détaillent les premières étapes, et chaque article du site en complète un pan.
Questions fréquentes sur l'invention de la basse
Qui a inventé la guitare basse ?
Paul Tutmarc a conçu la première basse électrique jouée à l'horizontale vers 1935, à Seattle. Leo Fender a créé en 1951 la Precision Bass, premier modèle fabriqué en série et diffusé largement : c'est lui que l'on cite le plus souvent comme inventeur.
En quelle année la basse électrique est-elle apparue ?
Le premier modèle commercialisé, l'Audiovox de Paul Tutmarc, date du milieu des années 1930. L'instrument ne se répand qu'à partir de 1951, avec la Fender Precision Bass.
Pourquoi la Precision Bass s'appelle-t-elle ainsi ?
Parce que ses frettes permettent de jouer des notes précises, contrairement à la contrebasse dont le manche lisse demande une justesse parfaite de l'oreille et de la main.
Leo Fender jouait-il de la basse ?
Non. Leo Fender était réparateur de radios et ne jouait d'aucun instrument ; il concevait ses guitares et ses basses en écoutant les musiciens qui les testaient.
















