Trois gammes suffisent pour démarrer à la basse : la gamme majeure, la gamme mineure naturelle et la gamme pentatonique mineure, complétée par sa note blue. Apprendre ces gammes basse dans cet ordre, sur une seule forme de manche, donne au bassiste de quoi construire une ligne de basse sur la plupart des morceaux de musique occidentale.
Pourquoi les gammes comptent autant pour un bassiste
Une gamme est une suite de notes choisies dans les douze demi tons de l'octave, rangées selon une formule d'intervalles fixe. Pour le musicien qui veut apprendre la basse, chaque gamme, majeure, mineure ou pentatonique, est d'abord un exercice de pratique sur le manche, puis un outil de travail : la carte des notes qui sonnent juste sur un accord donné. Quand un guitariste plaque un accord de do majeur, la basse choisit ses notes dans la gamme de do majeur, et surtout dans les notes de l'accord lui-même.
La basse est un instrument de liaison. Elle tient la fondamentale, marque le temps avec la batterie et relie un accord au suivant par des notes de passage. Ces notes de passage sortent presque toutes d'une gamme. Un bassiste qui connaît ses gammes sait donc pourquoi une ligne fonctionne, au lieu de la recopier note à note sur une tablature. Il peut aussi transposer un morceau sans tout réapprendre, puisque la forme de la gamme se déplace telle quelle sur le manche.
La théorie derrière tout cela tient en peu de choses. Il faut connaître le nom des notes sur le manche (le repérage des notes sur une basse 4 cordes est un préalable utile), savoir compter en tons et en demi tons, et comprendre qu'une case de la corde correspond à un demi ton. Le reste est de la pratique régulière.
Quelles gammes de basse apprendre, et dans quel ordre ?
L'ordre qui suit est celui que proposent la plupart des méthodes et des cours de basse. Il part de la gamme la plus universelle et ajoute une couleur à chaque étape.
- La gamme majeure : la référence, dont toutes les autres se déduisent. On la travaille d'abord en do majeur puis en sol, en ré et en fa.
- La gamme mineure naturelle : la version sombre, indispensable pour le rock, la pop et une grande part de la musique de film. Elle partage ses notes avec une gamme majeure : c'est la gamme mineure relative.
- La gamme pentatonique mineure : cinq notes seulement, aucune fausse note possible sur un accord mineur. C'est la gamme du groove, du rock et du funk.
- La gamme blues : la pentatonique mineure plus une note blue, la quinte diminuée. Elle donne immédiatement la couleur du blues et du rock des années 1960.
- La pentatonique majeure : cinq notes lumineuses, très utilisées en country, en soul et en variété.
- Les gammes mineures harmonique et mélodique : elles viennent plus tard, quand le jazz ou la musique latine entrent au répertoire.
- Les modes : dorien, mixolydien et les autres, qui sont des lectures de la gamme majeure à partir d'un autre degré.
Rien n'empêche de travailler deux gammes en parallèle. Le point important est de ne pas passer à la suivante avant de jouer la précédente sans regarder le manche, à tempo lent et régulier.
Comment jouer la gamme majeure à la basse ?
La gamme majeure suit la formule ton, ton, demi ton, ton, ton, ton, demi ton. En do majeur, cela donne do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, sans aucune altération. C'est la gamme de do majeur que l'on retrouve sur les touches blanches d'un piano, et c'est elle qui sert de point de départ à la théorie des accords.
Sur une basse 4 cordes accordée mi, la, ré, sol, le doigté le plus courant tient dans une zone de quatre cases, un doigt par case :
- corde de la : case 3 (do, majeur de la main gauche) puis case 5 (ré, petit doigt) ;
- corde de ré : case 2 (mi, index), case 3 (fa, majeur), case 5 (sol, petit doigt) ;
- corde sol : case 2 (la, index), case 4 (si, annulaire), case 5 (do, petit doigt).
Cette forme a un avantage décisif : elle est mobile. Déplacée de deux cases vers le haut du manche, elle devient la gamme de ré majeur ; démarrée sur la case 3 de la corde de mi, elle donne la gamme de sol majeur. Jouer une gamme majeure dans toutes les tonalités revient donc à déplacer une seule forme, en suivant le cycle de quinte : do, sol, ré, la, mi, puis fa, si bémol, mi bémol en sens inverse.
Le petit doigt travaille beaucoup dans ce doigté. C'est voulu : un bassiste qui joue tout avec trois doigts finit par déplacer sa main à chaque note, ce qui ralentit et fatigue. Sur une precision bass ou une jazz bass au diapason standard, l'écart de quatre cases est confortable à partir du milieu du manche ; près du sillet, certains préfèrent le doigté dit à trois doigts, index, majeur et petit doigt ensemble.
La gamme mineure naturelle et sa relative majeure
La gamme mineure naturelle se construit sur la formule ton, demi ton, ton, ton, demi ton, ton, ton. Sa différence avec la gamme majeure tient d'abord à la tierce : tierce mineure (un ton et demi) au lieu de tierce majeure (deux tons). C'est elle qui colore tout l'accord et lui donne son caractère plus grave.
La gamme de la mineur contient exactement les mêmes notes que la gamme de do majeur : la, si, do, ré, mi, fa, sol, la. On dit que la mineur est la gamme mineure relative de do majeur. Chaque gamme majeure a sa relative mineure, qui démarre sur son sixième degré. En pratique, un bassiste qui connaît sa gamme majeure connaît déjà sa relative : seule la note de départ change, et avec elle la note sur laquelle la ligne se pose.
Doigté en la mineur, à partir de la case 5 de la corde de mi : cases 5, 7 et 8 sur la corde de mi (la, si, do), cases 5, 7 et 8 sur la corde de la (ré, mi, fa), cases 5 et 7 sur la corde de ré (sol, la). La main ne bouge pas, index sur la case 5, annulaire sur la 7, petit doigt sur la 8.
Mineure harmonique et mineure mélodique
La gamme mineure harmonique relève le septième degré d'un demi ton : en la mineur, le sol devient sol dièse. Cette sensible crée un accord de cinquième degré majeur, très présent dans la musique classique, le flamenco et le métal néoclassique. La mineure mélodique relève à la fois le sixième et le septième degré en montée. Ces deux gammes ne sont pas prioritaires pour débuter, mais elles expliquent des lignes de basse qu'on croise tôt ou tard, surtout en jazz.
Pentatonique et gamme blues : les gammes du groove
La gamme pentatonique mineure retire deux notes de la gamme mineure naturelle, le deuxième et le sixième degré. Il reste la fondamentale, la tierce mineure, la quarte, la quinte et la septième mineure. En la : la, do, ré, mi, sol. Avec seulement cinq notes et aucun demi ton entre elles, cette gamme ne produit pas de frottement sur un accord mineur ou sur un accord de septième. C'est pour cela qu'elle sert autant aux débutants qu'aux musiciens de studio.
Sur le manche, la forme en la tient en deux cases par corde : cases 5 et 8 sur la corde de mi, cases 5 et 7 sur la corde de la, cases 5 et 7 sur la corde de ré. Un grand nombre de riffs rock et funk sortent de cette forme, souvent avec l'octave jouée deux cordes plus haut et deux cases plus loin.
La gamme blues ajoute une seule note à la pentatonique mineure : la quinte diminuée, appelée note blue. En la, c'est le mi bémol, joué case 6 de la corde de la. Utilisée comme note de passage entre la quarte et la quinte, elle suffit à donner la couleur du blues à une ligne de basse. Le blues en douze mesures reste d'ailleurs le meilleur terrain d'exercice pour ces deux gammes : trois accords, une grille fixe, et des milliers de morceaux pour s'entraîner.
La pentatonique majeure, enfin, reprend les degrés 1, 2, 3, 5 et 6 de la gamme majeure. En do : do, ré, mi, sol, la. Elle a exactement les mêmes notes que la pentatonique mineure de sa relative, la mineur. Le rapport majeur mineur fonctionne donc aussi pour les pentatoniques.
Les gammes à connaître, comparées
| Gamme | Degrés | Notes en la ou en do | Usage courant |
|---|---|---|---|
| Majeure | 1 2 3 4 5 6 7 | do ré mi fa sol la si | pop, variété, chanson, base de la théorie |
| Mineure naturelle | 1 2 b3 4 5 b6 b7 | la si do ré mi fa sol | rock, pop, ballade, musique de film |
| Mineure harmonique | 1 2 b3 4 5 b6 7 | la si do ré mi fa sol dièse | classique, flamenco, métal |
| Pentatonique mineure | 1 b3 4 5 b7 | la do ré mi sol | rock, funk, groove, riffs |
| Blues | 1 b3 4 b5 5 b7 | la do ré mi bémol mi sol | blues, rock, soul |
| Pentatonique majeure | 1 2 3 5 6 | do ré mi sol la | country, soul, gospel, variété |
Quelles sont les positions des gammes sur le manche ?
Une gamme ne se joue pas à un seul endroit. Sur une basse 4 cordes de vingt cases, la même gamme de do majeur existe dans cinq positions différentes, chacune couvrant une zone de quatre à cinq cases. Travailler toutes les positions permet de relier le bas et le haut du manche sans chercher ses notes.
La méthode la plus simple consiste à partir de la forme connue, puis à chercher la position suivante en démarrant sur la note de la gamme qui suit, deuxième degré, troisième degré, et ainsi de suite. Chaque nouvelle position réutilise des notes de la précédente : les zones se chevauchent. En cinq séances, la gamme couvre le manche entier.
Deux repères aident beaucoup. L'octave d'une note se trouve deux cordes plus haut et deux cases plus loin. La quinte se trouve une corde plus haut et deux cases plus loin, la quarte sur la même case de la corde voisine. Ces trois repères suffisent pour construire la plupart des lignes de basse sans réfléchir aux noms des notes. Ils valent sur toute basse accordée en quartes, y compris une basse 5 cordes, qui ajoute simplement une corde grave de si.
Comment travailler les gammes à la basse ?
Travailler une gamme, ce n'est pas la monter et la descendre cent fois. Le travail efficace combine régularité, lenteur et variété. Voici une façon d'organiser son apprentissage sur une séance de vingt à trente minutes.
Les exercices de base
- Montée et descente au métronome : quatre notes par clic, à 60 pulsations par minute, puis en triolet et en double croche quand le jeu est propre.
- Par groupes de trois et de quatre : do ré mi, ré mi fa, mi fa sol... Cet exercice casse l'automatisme de la montée et oblige à savoir où se trouve chaque note.
- Par tierces : do mi, ré fa, mi sol. C'est la base des arpèges, donc des lignes de basse.
- Arpèges des accords de la gamme : fondamentale, tierce, quinte, puis septième, sur chaque degré. En do majeur, cela donne sept arpèges, trois majeurs, trois mineurs et un diminué.
La main droite et la main gauche
La main droite alterne index et majeur, sans jamais jouer deux notes de suite avec le même doigt. La main gauche garde un doigt par case et laisse les doigts près des cordes. Un bon exercice consiste à jouer la gamme en étouffant chaque note au moment exact où la suivante commence : la ligne doit sonner liée, sans trou ni superposition. Le travail en slap viendra plus tard ; pour les gammes, le jeu aux doigts reste la référence.
Un plan de travail sur quatre semaines
Pour débloquer une progression qui stagne, un plan simple aide à maîtriser les premières gammes sans se disperser. Première semaine : la gamme majeure en do, en une seule position, avec le schéma des intervalles écrit sur une feuille ou une partition. Deuxième semaine : la même gamme dans trois autres tonalités, et la relative mineure. Troisième semaine : la pentatonique mineure et la gamme blues sur une grille de douze mesures, avec une piste de batterie. Quatrième semaine : relever un morceau entier et identifier, dans chaque mesure, la gamme utilisée. Ce travail régulier permet de construire un vocabulaire que l'on retrouve ensuite dans chaque morceau.
La technique de la main gauche progresse en même temps : les premières semaines, le petit doigt fatigue vite et manque de précision. C'est normal, et c'est justement l'intérêt de ces exercices de gammes. Une première version lente et propre vaut toujours mieux qu'une version rapide approximative.
Une durée courte et quotidienne vaut mieux qu'une longue séance par semaine. Dix minutes de gammes au début de chaque pratique suffisent si elles sont faites avec attention. Le reste du temps va au répertoire, qui est la vraie finalité de l'exercice.
Comment improviser avec les gammes ?
L'improvisation à la basse commence toujours par l'accord. Sur un accord de la mineur, la pentatonique mineure de la fonctionne sans risque ; sur un accord de septième, la gamme blues ou le mode mixolydien. Le bassiste pose d'abord la fondamentale sur le premier temps, puis choisit ses notes de passage dans la gamme pour rejoindre l'accord suivant.
Une méthode progressive consiste à jouer une grille simple, par exemple la, ré, mi en blues, avec des règles de plus en plus libres : d'abord la fondamentale seule, puis fondamentale et quinte, puis l'arpège, puis la gamme entière. Enregistrer la grille, ou utiliser une piste de batterie, permet de travailler seul. L'improvisation ne vise pas le solo : pour un bassiste, improviser, c'est d'abord varier une ligne d'accompagnement d'un morceau à l'autre. Le solo de basse existe, en jazz et en funk notamment, mais il repose sur la même technique d'improvisation, simplement plus exposée. On peut aussi relever des lignes existantes sur des tablatures de basse et repérer, dans chaque mesure, de quelle gamme viennent les notes.
Comment utiliser les modes en musique ?
Les modes musicaux sont sept lectures de la gamme majeure, chacune démarrant sur un degré différent. En partant de do majeur : ionien sur do (la gamme majeure elle-même), dorien sur ré, phrygien sur mi, lydien sur fa, mixolydien sur sol, éolien sur la (la gamme mineure naturelle) et locrien sur si.
Chaque mode a une couleur propre. Le dorien est une gamme mineure avec une sixte majeure : c'est le son du funk et de beaucoup de morceaux de jazz modal. Le mixolydien est une gamme majeure avec une septième mineure, parfaite sur un accord de septième de dominante et omniprésente dans le rock et le blues. Le lydien, avec sa quarte augmentée, donne un son flottant qu'on entend dans les musiques de film.
Pour un bassiste, les modes en musique servent surtout à choisir la bonne gamme sur un accord qui dure plusieurs mesures. Ils ne sont pas une priorité au départ : un bon niveau en gamme majeure, en mineure et en pentatonique couvre déjà l'essentiel des situations. Pour la suite du parcours, le guide pour apprendre la basse replace ce travail dans une progression complète.
Les erreurs fréquentes quand on apprend ses gammes
- Apprendre des formes sans le nom des notes : la forme permet de jouer vite, mais sans les notes on ne sait pas relier la gamme à un accord.
- Jouer trop vite trop tôt : la vitesse vient de la régularité. Une gamme jouée vite et inégale ne sert à rien dans un morceau.
- Rester dans une seule position : la première forme devient une cage. Dès qu'elle est acquise, chercher la position suivante.
- Oublier la musique : une gamme apprise doit servir dans la semaine, sur un morceau ou une ligne de basse inventée. Sinon elle s'efface.
Avec ces trois ou quatre gammes solidement en place, la majeure, la mineure, la pentatonique et la blues, le bassiste a de quoi accompagner la plupart des styles. Le reste, harmonique, mélodique et modes, s'ajoute au fil des morceaux, quand un besoin musical précis se présente.
















